Un site plurilingue, pourquoi, comment

vendredi 26 août 2011, par ID

Il y a quelques années, on trouvait une foultitude de sites, certains mêmes commerciaux qui proposaient des boutons de langues aboutissant à ces merveilleuses traductions automatiques qui sont encore loin d’être parfaites.

Le phénomène s’est tassé, heureusement, ou dommage car c’était assez drôle, je me souviens d’une boutique américaine qui invitait ses visiteurs à piquer des marchandises.

 Plurilingue, oui, mais pourquoi ?

À la réflexion, je pense que les concepteurs étaient un peu grisés par la possibilité que leurs sites soient lus dans le monde entier et la réflexion n’allait pas plus loin. Mais bon, ça ne suffit pas vraiment comme motif.

En effet, quel est l’intérêt d’avoir un site traduit dans une autre langue que le français si on est incapable de répondre aux messages des autres locuteurs ?

Quel est l’intérêt d’avoir un site traduit dans d’autres langues si ce que l’on y vend ou y expose est essentiellement destiné à une clientèle francophone ? Imaginons que vous soyez un libraire spécialisé en bande dessinée. Soit vos acheteurs potentiels lisent le français, soit, et bien ils vont voir ailleurs pour acheter les Comics américains en langue originale ou les Mangas plus près de chez eux.

Non, on ne fait pas du plurilingue comme ça par plaisir, surtout quand on sait tout le travail que cela signifie... Enfin pas pour un site professionnel en tous cas.

Les questions à se poser dans le cas d’une internationalisation d’un site commercial sont donc :

  • est-ce que j’ai la capacité de répondre aux messages en langue étrangère reçus via le site ?
  • pour un site vitrine, est-ce que je serais capable de répondre aux visiteurs non francophones ? Si ça n’est pas déjà le cas pour les touristes qui arrivent dans votre boutique, est-il nécessaire de risquer d’en attirer plus à qui, de toute façon vous ne vendrez très probablement rien.
  • est-ce que j’ai les moyens  [1] de développer, même a minima, une clientèle à l’international (penser aux frais divers : douanes, TVA, taux de change, frais de port etc. ça refroidit hein !) ?
  • est-ce que je peux faire vivre la ou les sections en d’autres langues ?
  • est-ce que je peux délivrer mes prestations à une clientèle qui ne réside pas à proximité de mon lieu d’exercice ? [2]

Un non à l’une de ces questions vous donne la réponse à la nécessité ou non de traduire tout ou partie de votre site en d’autres langues.

 Comment ?

Je ne vais pas aborder la question technique qui dépend largement du choix du système de gestion du site, et des moyens (temps et finances) que l’on peut y consacrer, mais du contenu. Parce qu’il ne s’agit pas d’une politique de tout où rien.

Dans le cadre d’une boutique de vente en ligne par exemple, certains produits ne peuvent que difficilement être vendus hors du territoire national, notamment pour des raisons de volume. En revanche, les conditions générales de vente doivent être traduites, pas tant pour des raisons légales que pour d’évidentes raisons commerciales. On évitera donc de faire comme cette boutique suisse qui, d’ailleurs, ne vend que sur le territoire helvète.

Si votre site est celui d’une « vraie » boutique, il faudra prévoir a minima, la page avec votre adresse et vos heures d’ouverture, si le site est plus touffu que cela.Si l’idée est de présenter, notamment [3], vos prestations et si vous cherchez à avoir une clientèle plus internationale soit vous adoptez le système d’un blog avec des billets écrits dans les deux ou trois langues que vous pratiquez. Soit vous avez des articles dans une langue ou l’autre selon les sujets. Soit vous choisissez d’avoir des sections dans une ou l’autre langue avec un choix d’articles traduits. Enfin, soit, le site est intégralement dans les langues choisies. Même à l’ONU ils n’y arrivent pas, soit dit en passant.

 Quelles conséquences ?

Choisir d’ajouter d’autres langues de consultation à votre site n’est pas neutre. Pour commencer ça prendra plus de temps pour la rédaction. Plus de deux fois plus si vous n’être pas réellement bilingue (ou trilingue). En contrepartie, évidemment vos connaissances linguistiques y gagnent en approfondissement.Vous allez peut-être être amené à revoir la structure du site, à réorganiser la page d’accueil, voire à retravailler le graphisme. Ça n’est pas obligatoirement négatif, mais cela à un coût qui sans être nécessairement financier peut-être assez important. Personnellement l’internationalisation du site aiguilles-magiques m’a pris quelques jours au lieu des quelques heures escomptées. Bon, d’accord, j’ai fait aussi bêta-testeuse du squelette. C’est fou le nombre de trucs auxquels on peut ne pas penser.

Normalement, après la lecture de cet article, vous avez compris pourquoi ce site va rester monolingue. D’ailleurs passer l’autre en plusieurs langues m’a pris et me prend suffisamment de temps, merci.


[1pas que financiers, mais aussi concrets, si vous avez une boutique qui ne pratique pas la vente en ligne

[2à moins de viser une clientèle très particulière, comme les riches Américains à Paris, je sais ça fait cliché, pensez-vous vraiment que vous allez pouvoir faire des dépannages de plomberie sur une île perdue du Pacifique alors que vous exercez à Tours où à Maubeuge

[3mais ça peut être aussi pour utiliser vos capacités linguistiques, faire partager le fuit de vos loisirs ou de vos réflexions etc., mais j’insiste sur l’aspect professionnel pour faire sérieux quand même