Exercice de style

jeudi 1er juin 2017, par ID

Cette note avait été écrite rapidement sur mon compte diaspora pour répondre plus longuement à une discussion sur Mastodonte concernant l’écriture inclusive (!). La voici en version très légèrement retouchée.

L’écriture dite inclusive est le truc qui se fait en ce moment où, plutôt que de changer sa façon de rédiger, on préfère avoir recours à des horreurs typographiques qui rendent le texte plus difficile à lire, voire illisible pour les personnes qui ne peuvent utiliser leurs yeux pour lire [1]. On m’a rétorqué en substance que mon cerveau n’avait qu’à s’adapter et que les personnes qui utilisent des dispositifs de transcription braille ou audio n’avaient qu’à changer de matériel et en trouver un, si ça existe, susceptible de déchiffrer et de rendre (comment ?) correctement ces graphies ineptes [2].

Cerise sur le gâteau (avarié), on m’a doctement dit qu’il fallait faire évoluer la langue. Manque de bol, c’est l’usage parlé et écrit qui fait évoluer une langue pas le recours à des cochonneries typographiques qui, disons-le, n’impactent nullement le discours oral (étonnant non ?).

Bref je me suis amusée à récrire des passages du communiqué de Candidats.fr et de l’April qui relance l’opération “Un tract un pacte” à destination de celles et ceux qui se présentent aux législatives. Pourquoi ce texte ? Parce que c’est le premier auquel j’ai pensé, que je soutiens l’initiative, et qu’il est, hélas, assez représentatif.

Original
Les candidat⋅e⋅s pour le premier tour des législatives sont désormais connu⋅e⋅s et renseigné⋅e⋅s sur la plate-forme Candidats.fr pour les élections . N’hésitez pas à la consulter et à contacter les candidat⋅e⋅s qui ne l’ont pas encore été ! Lors des législatives de 2012, 470 candidat⋅e⋅s avaient signé le pacte, et 43 d’entre eux ont été élu⋅e⋅s, score à battre !

Suggestion
Nous connaissons maintenant les personnes candidates au premier tour des législatives. Leur nom est renseigné sur la plate-forme Candidats.fr pour les élections. N’hésitez pas à la consulter et à contacter les personnes qui ne l’ont pas encore été ! Lors des législatives de 2012, 470 candidats et candidates avaient signé le pacte, 43 signataires du pacte ont été élus, score à battre !

Original
Vous pouvez bien sûr le faire en équipe, mais aussi prendre des photos (avec l’accord du ou de la candidat⋅e⋅s), ou encore relater vos échanges dans des billets, blogs, que nous ne manquerons pas de relayer.

Suggestion
Vous pouvez bien sûr le faire en équipe, mais aussi prendre des photos (avec l’accord de la personne qui se présente à l’élection), ou encore relater vos échanges dans des billets, blogs, que nous ne manquerons pas de relayer.

Original
Lorsque vous croisez un⋅e candidat⋅e en quête d’électeurs dans la foule.
(Soit dit en passant la graphie n’est même pas cohérente, pas plus que la rédaction.)

Suggestion
Lorsque vous croisez dans la foule l’un ou l’une des candidats à l’élection en quête de voix.

Certes, cela demande plus de travail que d’écrire un texte avec des horreurs typographiques soit-disant inclusives, mais ça le rend plus lisible de tous. Et, justement, puisque le cerveau peut s’adapter... autant le faire s’adapter à une rédaction qui ne soit pas excluante. Comme me l’a fait remarquer un commentateur : « le pire, c’est que le seul argument du “candidat-e” plutôt que “candidat ou candidate”, c’est la paresse. Écrire un truc illisible (donc écrire pour rien) par paresse, c’est un comble. Le mieux serait de ne rien écrire. »

Cela dit, évidemment, dans cet exercice, le texte original n’a pas été écrit pour rien.


Si, dans cet exemple, le féminin suit souvent le masculin, c’est plus pour des raisons d’euphonie et d’ordre alphabétique et pas un principe invariable. Ainsi j’écris celles et ceux par exemple.


[1Ce qui la rend, de fait, excluante.

[2Et les paralytiques n’ont qu’à apprendre à marcher comme tout le monde pour grimper des escaliers.