Aventures sous Antidote

Un remède aux problèmes d’orthographe

jeudi 29 décembre 2016, par ID

Bien plus qu’un correcteur orthographique, grammatical et correctif, Antidote est une aide à la rédaction, quel que soit l’outil de saisie du texte utilisé. C’est aussi un outil d’apprentissage de la langue, française ou anglaise d’ailleurs.

Pour tout dire, avant de commencer à l’utiliser, j’étais perplexe sur son intérêt, mais puisqu’on me proposait de le tester autant voir ce qu’il en est. Comme je rédige principalement, mais pas que, et on verra que ceci est important, mes textes dans le traitement de texte de LibreOffice et que Grammalecte est vraiment performant, je ne voyais pas trop l’utilité d’Antidote. Parce que bon, deux correcteurs grammaticaux, orthographiques et typographiques, est-ce bien nécessaire ? En fait oui et pour plus d’une raison.

 Le fonctionnement d’Antidote

Alors que la plupart des correcteurs fonctionnent en cours de saisie, Antidote fonctionne à la demande imposant de fait une relecture plus attentive, ce qui est tout sauf mineur. Certes, cela ralentit, en apparence, le processus de rédaction. D’un autre côté, cette relecture « forcée » favorise la réécriture des passages faiblards ou trop imprécis, voire source de confusion. C’est pourquoi je considère que le ralentissement n’est qu’apparent, ne serait-ce parce que cela permet d’améliorer la qualité des textes.

Une autre différence fondamentale c’est qu’Antidote se connecte aux autres applications de saisie du texte : applications bureautiques (tableur et présentation), logiciels de courrier électronique et navigateurs. Un seul Antidote suffit pour tout ! Et il fonctionne de la même façon partout. On clique sur l’icône du correcteur, il s’ouvre et le texte s’affiche dedans. Il peut, cependant, parfois être nécessaire de faire un copier-coller. Il ne reste plus qu’à corriger le texte en acceptant ou non les suggestions et, bien sûr, revoir éventuellement la rédaction elle-même.

Personnellement, je travaille avec deux écrans : Antidote s’affiche sur le deuxième, l’application de saisie du texte sur le premier. Je trouve cela plus pratique pour une éventuelle réécriture. Ce n’est peut-être pas la meilleure façon de procéder cela dit.

 Par exemple, j’aime bien

Disposer d’un correcteur puissant et de qualité dans toutes les applications que l’on utilise au quotidien est, de mon point de vue, un avantage essentiel. En effet, les fonctionnalités offertes par les courrielleurs (oui, oui même Outlook) sont plutôt pitoyables et, de toute façon, peu satisfaisantes surtout pour les personnes qui sont en bisbille avec l’orthographe et la grammaire [1].

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La barre d’outils d’Antidote
Le correcteur, le dictionnaire et les guides.

J’aime aussi beaucoup les options d’ajout des mots dans le dictionnaire qui permettent de préciser le type de mot, son genre et toute information utile que le correcteur pourra utiliser par la suite pour améliorer ses propositions.

Et, évidemment, c’est en cela qu’Anditote est un outil d’aide à la rédaction en plus que d’être un correcteur, il a un dictionnaire très complet, pas uniquement en nombre de mots ce qui ne serait que d’un intérêt relatif, mais en termes de contenu puisque, outre la « simple » lexicographie, on peut, pour une expression donnée, avoir :

  • ses synonymes ;
  • ses antonymes ;
  • les cooccurrences, c’est-à-dire les mots souvent associés le tout assorti d’exemples ;
  • son champ lexical, les mots sémantiquement apparentés (correcteur et orthographe, révision, etc.) ;
  • sa conjugaison pour un verbe ;
  • sa famille (correcteur et hypercorrection, incorrigible, etc.) ;
  • des citations comportant le mot [2] ;
  • son historique et son évolution graphique (pensée émue pour la guerre du nénufar dont a connu une deuxième bataille en 2016) ;
  • un visuel (le visuel Nano).

Je dois dire que, moi qui aime bien errer dans les encyclopédies et les dictionnaires, je suis aux anges, bien qu’il soit parfois difficile de résister à la tentation d’aller voir là, et tiens là et puis aussi là. Passons.

Il existe une version d’Antidote avec correcteur anglais intégrée.

Et aussi, les guides d’installation et autres sont vraiment bien faits. Dommage que ça ne soit pas si courant.

 Antidote et ses confrères

Antidote n’est pas exclusif et peut s’utiliser en plus du correcteur orthographique de l’application. Ce que je trouve personnellement très bien parce que, chaque correcteur ayant sa façon de travailler, certaines erreurs qui seraient mises en exergue par l’un, ne le sont pas par l’autre et réciproquement. Par ailleurs les suggestions peuvent différer quelque peu.

Par exemple, j’avais écrit « D’aun autre côté » [3], Grammalecte suggère tout à fait correctement « D’un », alors qu’Antidote ne comprend pas et me propose « on ». Idem pour « neserait-ce » que Grammalecte interprète correctement.

Ou encore « textes.ctUne » que Grammalecte me souligne alors qu’Antidote ne dit rien.

Mais Antidote trouve louche la phrase «  les petits étais endormis » qui ne fait pas frémir Grammalecte et lève le sourcil devant le « troue  » de «  Antidote troue louche  ». Même si sa remarque n’est pas adaptée, je vois, du coup, la faute que Grammalecte ne voyait pas.

Concernant le module de correction de la langue anglaise, de ma courte expérience d’un mois, en ce qui concerne les textes sur lesquels je travaille, qu’ils soient miens ou de mes clients, il me semble que les suggestions sont plus pertinentes avec le correcteur de LibreOffice qu’avec Antidote. D’un autre côté, il y a tout le reste, les divers guides, dictionnaires et explications des fautes dont la fonctionnalité de LibreOffice est dépourvue, qui me permet à moi, en tout cas, d’améliorer mon niveau d’anglais.

 Points faibles

Nul n’est parfait, heureusement.

Donc les points faibles : déjà, ce n’est pas un problème technique c’est plus une question, disons d’éthique informatique, Antidote n’est pas un logiciel libre. Personnellement, je suis, pour reprendre la remarque d’un de mes clients, une « agnostique digitale » et ne fais donc pas partie des intégristes du libre. Néanmoins, le statut de logiciel libre me parait plus sûr pour assurer leur pérennité. Mais là, c’est un problème mineur (si, si).

Le point le plus gênant, carrément ennuyeux même, c’est le choix des couleurs, que l’on peut, certes, paramétrer (à la marge il me semble). Je ne suis pas sûre qu’elles soient vraiment bien perceptibles pour des personnes ayant des troubles de perception de la couleur, voire qu’elles soient assez contrastées tout simplement. Il faut donc avoir le réflexe d’aller faire un tour dans les Options d’Antidote (menu Outils) d’entrée de jeu.

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Les couleurs d’Antidote
Ça manque de contraste tout de même.

Antidote demande un temps d’apprentissage non négligeable pour son utilisation, plus que pour un correcteur intégré à l’application.

La correction typographique, qui peut être paramétrée selon la région linguistique [4] me parait moins paramétrable, et surtout moins évidemment configurable puisqu’il faut aller chercher dans les Options alors que Grammalecte la demande pour chaque texte. Et elle est peut-être moins puissante, que celle de Grammalecte. Là, il y a très probablement une part de subjectivité.

Quand on l’utilise avec Thunderbird, il ralentit considérablement le traitement des courriels je trouve, et il faut absolument penser à décocher l’option « Vérifier l’orthographe avant l’envoi » (menu Outils/Options/Rédaction de Thunderbird), sinon on ne peut pas envoyer les messages. Je pense personnellement que ce connecteur pourrait être amélioré.

 Puisqu’il faut conclure (vraiment ?)

On peut se passer d’Antidote si on n’a pas de gros problèmes avec l’orthographe et la typographie. Sinon, non.

Si vous êtes du genre à ne pas voir, par exemple, la différence entre : donner, donné et donnez. Si vous êtes fâché avec les majuscules, ou si vous les saupoudrez partout et n’importe quand. Si vous avez surtout un rapport platonique avec les ponctuations. Bref si vous avez des problèmes sérieux avec l’orthographe, la grammaire et la typographie, ce qui, encore une fois, n’est en en aucun cas un signe de bêtise, d’inculture ou de quoi que ce soit, sauf de dyslexie dans certains cas, Antidote devrait vous aider, si ce n’est à améliorer votre graphie, tout au moins à produire des textes avec un degré de fautes très réduit, de fait, vous permettre de vous sentir plus en sécurité quand vous rédigez.

Et, personnellement, une fois encore, je trouve que les enseignants devraient utiliser l’outil dans leur pédagogie parce que non, un correcteur n’est définitivement pas un outil invitant à la paresse ou pour niveler par le bas [5]. C’est, au contraire, un outil d’émancipation et de libération de l’écriture qui permet de bien écrire. Je le dis avec la conviction de celle à qui on a reproché (à juste titre, certes) sa vilaine écriture manuscrite pendant toute sa scolarité et que l’informatique a libérée en lui permettant de produire des textes tout de suite propres et lisibles [6].


Pour compléter : Mysoft, distributeur d’Antidote en France


Si tout va bien, la malédiction qui pèse sur tout texte traitant de l’orthographe a été conjurée.


[1Et qui ne sont pas pour autant idiotes, incultes ou paresseuses, ça n’a rien à voir.

[2Dommage qu’il n’y en ait pas, pour correcteur, de Boutmy qui, dans l’Argot des typographes, donne une définition du métier.

[3Aucun exemple n’a été inventé, mes doigts sont assez malins pour les faire tous seuls.

[4Certaines règles typographiques sont différentes par exemple en français de France ou en français du Québec.

[5Je déteste cette expression idiote.

[6D’un point de vue formel, s’entend.